© Roland Beaufre
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Sous un ciel bleu, j’arrive à Charleston Farm. Perdue en pleine campagne du Sussex, la maison anglaise semble, à première vue, une demeure traditionnelle avec une façade en pierre et jardin romantique. Mais dès que l’on franchi ses murs, un autre univers apparaît. De la salle de bain verte, au salon d’été, de la salle à manger au studio, nous sommes plongés dans une atmosphère singulière.

Mes yeux ne savent plus sur quel détail s’attarder. Tout le mobilier, les murs, tissus et objets sont peints et décorés par les propriétaires. En 1916, Vanessa Bell, peintre et architecte d’intérieur, s’installe à Charleston Farm avec son ami et amant Duncan Grant, lui-même artiste peintre. Ce couple d’artistes hors normes, fait de l’intérieur et du jardin de la propriété un lieu à leur image. Il devient vite le quartier général du Bloomsbury Group. Ce cercle artistique et littéraire britannique génial du début du XXe siècle, revendique un esprit de rébellion et de liberté vis-à-vis de la société, des mœurs et des traditions anglaises.

Hippies avant l’heure, les membres de Bloomsbury, rejetaient leur éducation bourgeoise et victorienne, souhaitant développer leur mode de vie bohème et libre. On peut les comparer à Janis Joplin, aux incroyables Rolling Stones. Ce style de vie jugé peu conventionnel scandalisait et fascinait à la fois. Grand nombre d’artistes, penseurs et écrivains se retrouvaient à Charleston Farm, pour échanger, discuter de leurs idées, passer du temps ensemble à l’écart de la capitale londonienne. En poursuivant la visite des lieux et traversant les différentes pièces de la maison, je m’émerveille  devant ce chaos artistique et coloré. Dans l’atelier de Duncan Grant, le buste en plâtre inachevé de Virginia Woolf trône fièrement, rappelant le lien de parenté avec la propriétaire des lieux. Vanessa Bell est la sœur aînée de la romancière.

Fascinée, mon esprit s’évade et j’imagine le groupe de jeunes gens cultivés réunis dans le salon d’été, un après-midi ensoleillé, les portes-fenêtres ouvertes laissant passer le parfum des fleurs du jardin. J’imagine Duncan Grant au milieu du salon posant déshabillé, dans des positions osées pour Vanessa. Un autre petit groupe d’amis est confortablement installé dans les fauteuils moelleux, discutant autour de tasses de thé. À Charleston Farm, la famille, les amis et les amants peignaient, posaient et n’avaient peur d’aucune expérience.

Le soleil brillant au zénith, je me dirige vers le jardin anglais. Je me promène entre les plantations et herbes hautes jusqu’à l’étang dans ce jardin pensé comme un tableau. J’admire le point d’eau, ses nénuphars en fleurs, délimité par la végétation touffue regardant au loin les champs de blés. Les massifs de fleurs sont ponctués de statues. Bercée par l’odeur des roses et l’essence des arbres, entre deux allées sinueuses, mon imagination me transporte vers Alice au Pays des Merveilles et je m’attends à voir bondir le lapin blanc de derrière le buisson. Mais non, je tombe nez à nez avec un imposant pot de fleurs en forme de fesses.  Oh my god !   Le jardin bucolique et sauvage est à l’image de la propriété totalement décalé.

Chloé Burgaud

Roland Beaufre

www.roland-beaufre.book.fr
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